C’est une tendance durable qui se dessine depuis quelques années au cœur des fermes. Un nombre croissant d’exploitations agricoles en France comme à l’étranger s’engage dans une stratégie de décarbonation de leurs activités. Un mouvement dans lequel le groupe Axéréal entend prendre toute sa part, en accompagnant activement les agriculteurs dans l’évolution de leurs pratiques. Avec, pour objectif, la mise en place d’une agriculture bas-carbone.
Au cœur de cette dynamique : la nécessité d’ « aller vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement », explique Pierre Toussaint, directeur agronomie, transitions, innovation au sein de la coopérative. Face au changement climatique, la voie de la décarbonation constitue en effet un levier majeur pour maintenir la productivité des fermes. « Elle apporte aussi des solutions pour améliorer la qualité des sols, dont l’appauvrissement est aujourd’hui constaté, poursuit Pierre Toussaint. Or l’état des sols a un impact direct sur la santé des plantes et donc sur la pérennité des exploitations ».
L’agriculture bas-carbone portée par Axéréal constitue également un levier pour répondre aux exigences règlementaires (mais aussi les anticiper), notamment concernant l’évolution des matières actives autorisées. C’est enfin un moyen pour les exploitants d’être en phase avec les attentes sociétales, dont l’aval de la filière (transformateurs, clients finaux…) se fait régulièrement l’écho, et qui se caractérisent par un intérêt croissant pour des productions ayant un impact plus limité sur l’environnement (émissions réduites de gaz à effet de serre…).
Des pratiques bas-carbone adaptées aux réalités du terrain
Comment répondre à l’ensemble de ces défis ? Afin de favoriser le développement d’une agriculture bas-carbone, le groupe Axéréal a initié depuis plusieurs années une réflexion sur les stratégies les plus efficientes pour réduire les impacts environnementaux tout en confortant la productivité des exploitations. Un programme innovant a en particulier été mis au point : CultivUp Régénératif. Il regroupe un ensemble de pratiques d’agriculture régénérative, permettant d’engager une démarche globale de transition des fermes, en lien étroit avec les demandes des marchés. Un diagnostic carbone simplifié est également prévu pour les agriculteurs rejoignant l’initiative.
Celle-ci rassemble aujourd’hui 1300 exploitants. « Plus de 500 d’entre eux ont même souhaité intégrer des programmes carbone, précise David Gonin, agriculteur et vice-président d’Axéréal. Ils sont organisés sur le temps long (5 ans minimum), et impliquent un audit annuel. C’est une démarche qui permet d’accompagner l’agriculteur dans la réduction de ses émissions et l’amélioration de son stockage du carbone. »
La démarche proposée par Axéréal pour tendre vers une agriculture bas-carbone se veut connectée au terrain : les spécificités des fermes sont prises en compte pour accompagner les agriculteurs. « Tous les leviers de décarbonation ne sont pas adaptés à toutes les exploitations, explique Pierre Toussaint. Nous laissons donc une latitude aux agriculteurs. Il n’est par exemple pas nécessaire d’allonger sa rotation si l’on travaille déjà sur une dizaine de cultures ».
Un pragmatisme que l’on retrouve à l’échelle internationale – où l’on observe, comme en France, un intérêt pour les démarches de décarbonation. Les conditions culturales et les modes de production auront, entre autres, une influence. « Vous pouvez avoir deux cultures donnant lieu à une récolte par an en Amérique du Sud contre une seule en France, poursuit Pierre Toussaint. Les conditions climatiques diffèrent également, avec par exemple une présence du gel bien plus importante – et destructrice pour les mauvaises herbes – en Amérique du Nord. » Autant de paramètres qui seront pris en compte pour adapter la transition vers une agriculture bas-carbone aux contextes locaux.

Deux exploitations au banc d’essai
Comment des démarches bas-carbone sont mises en place concrètement sur le terrain ? Quels sont leurs impacts (économiques, environnementaux…) sur les fermes ? Voici l’exemple de deux exploitations ayant engagé leur transition, en France, avec Axéréal, et en Argentine, aux côtés de Boortmalt, filiale malt d’Axéréal.
- Jeoffrey Vincent (France) : « L’agriculture bas-carbone est soutenue et valorisée économiquement »
Présentation de l’exploitation. Jeoffrey Vincent est agriculteur à Saint-Bris-le-Vineux, dans l’Yonne. Dans son exploitation de 280 ha, il cultive du colza, du blé et de l’orge sur des sols argilo-calcaires superficiels.
Motivations et objectifs. En lançant une démarche d’agriculture bas-carbone et en s’engageant dans le semis direct, Jeoffrey Vincent a souhaité réduire le temps de travail en tracteur et diminuer les coûts directs ou indirects associés. Autre source de motivation à ses yeux : « L’agriculture bas-carbone est économiquement valorisable ».
Accompagnement par la coopérative. « Axéréal construit des groupes d’échange autour de l’agriculture de conservation et des différentes pratiques bas-carbone, explique Jeoffrey Vincent. Ces démarches de partage d’expériences, notamment techniques et agronomiques, sont essentielles pour progresser ». Le soutien apporté par le groupe coopératif est également financier : « Des primes filières liées aux pratiques bas-carbone ont été mises en place », poursuit l’agriculteur bourguignon.
Pratiques et techniques. Pour mener sa transition vers une exploitation bas-carbone, Jeoffrey Vincent s’est concentré sur deux évolutions majeures. Il a tout d’abord décidé de travailler en semis direct sur une partie de ses champs. Une pratique qu’il « apprend au fur et à mesure : il y a forcément des tâtonnements lors des premiers semis, afin notamment de régler correctement le semoir pour avoir la profondeur adaptée », explique-t-il. Seconde évolution : l’agriculteur a introduit dans ses rotations des couverts végétaux.
Résultats et bénéfices. Les changements de pratique ayant débuté à l’été 2024, il est trop tôt pour que l’agriculteur tire un premier bilan. Il avait toutefois réalisé des tests de semis direct la saison précédente et s’en était montré satisfait. « Les rendements des zones en semis direct étaient restés stables par rapport à l’ensemble de l’exploitation », explique-t-il. Dans le même temps, en réduisant l’usage du tracteur, il espère limiter l’usure du matériel et diminuer les dépenses de carburant. C’est aussi un gain de temps, qui peut être mis à profit pour « mener d’autres travaux, se former, ou tout simplement finir le travail moins tard le soir », résume-t-il. Quant aux couverts, ils vont permettre de renforcer la qualité des sols. « Ces plantes vont avoir différents atouts : elles vont fissurer le sol, capter de l’azote et mais aussi permettre de lutter contre les adventices si ce couvert est rapidement déployé », poursuit Jeoffrey Vincent.
Enfin, les différentes pratiques bas-carbone ont un autre impact économique : elles lui permettent d’obtenir une prime filière proposée par Axéréal, ainsi qu’une prime pour la performance carbone (baisse des émissions, augmentation du stockage) mise en place par la société Soil capital. Un bilan financier sera réalisé par Jeoffrey Vincent afin d’évaluer les gains finaux – en prenant en compte les nouveaux postes de dépenses comme ceux relatifs aux couverts.
Attentes et perspectives. Jeoffrey Vincent a conscience que sa transition vers l’agriculture bas-carbone va se bâtir sur le long terme. « Plusieurs années seront nécessaires, en conservant en permanence une capacité d’adaptation face à de possibles changements et en prenant en compte les spécificités de mon exploitation ». Avec, en tête, une règle à retenir : « Certaines pratiques se révèlent inadaptées dans certaines fermes. De telles mutations doivent donc s’orchestrer au cas par cas, en ayant une fine connaissance du terrain. »

- Marcos Giudici (Argentine) : « Nous avons réduit l’empreinte carbone de notre orge tout en maintenant son niveau de production »
Présentation de l’exploitation. L’exploitation s’étend sur environ 25.000 ha et est située en Argentine, dans la région centre-nord de la pampa humide. « Nous produisons de l’orge, du colza, de la caméline, du maïs soufflé et du soja », explique Marcos Giudici, responsable de la production de culture sous contrat pour l’entreprise Areco Semillas SA (ASSA). L’orge de brasserie livrée à Boortmalt couvre 15 % des surfaces en culture.
Motivations et objectifs. « Nos cultures sont liées au marché européen et doivent donc intégrer certains principes d’agriculture durable », indique Marcos Guidici. C’est la raison pour laquelle des pratiques bas-carbone ont été mises en place au sein de la zone de culture (rotation culturale, introduction de cultures de service / de couverture…), avec pour objectif d’étudier leur impact, notamment sur le plan de la rentabilité annuelle des cultures.
Accompagnement de la coopérative. « Nous avons rejoint en 2024 le programme ‘‘orge bas-carbone’’ proposé par Boortmalt avec Yara », précise Marcos Giudici. Un travail a été mené pour le mettre en œuvre au niveau des lots de production. L’empreinte carbone de l’orge a par ailleurs été mesurée via la plateforme Ucrop.it. « Nous avons bénéficié du soutien technique de Boortmalt ainsi que d’incitations commerciales pour asseoir cette production sur le marché », poursuit Marcos Giudici.
Pratiques et techniques. Des échanges fructueux ont eu lieu entre l’entreprise ASSA et l’Association argentine des producteurs en semis direct (Aapresid). « Ils nous ont permis de découvrir des pratiques d’agriculture régénérative qui nous ont séduits : un travail du sol minimum, la culture de couverts ou encore l’utilisation durable des intrants », expose Marcos Giudici.
Afin de réduire l’impact carbone de l’exploitation, le responsable de la production s’est également intéressé à la technique des « quatre R », qui favorise une utilisation durable des engrais (la bonne source, la bonne dose, au bon endroit, au bon moment). Enfin, les préconisations du programme de Boortmalt et Yara (remplacement des engrais à base d’urée par des solutions à faible teneur en carbone) ont été appliquées pour les cultures d’orge. Elles ont nécessité de relever un défi logistique : « Activer un canal d’approvisionnement et de vente supplémentaires pour exploiter ce type d’engrais à faible teneur en carbone ».
Résultats et bénéfices. Le bilan de cette première phase est positif : « Nous avons observé des résultats équivalents en termes de production et de rentabilité, mais avec une réduction significative de l’empreinte carbone de l’orge », précise Marcos Giudici. Pour l’avenir, le responsable de la production se montre confiant : « Dans les années qui viennent, avec un programme de plus grande envergure, je m’attends à de meilleurs résultats concernant la production tout en confirmant l’amélioration de notre bilan carbone ».
De quoi l’inciter à recommander aux autres agriculteurs d’engager une telle transition : « Même si les pratiques mises en place ne génèrent actuellement pas de primes en Argentine – tout du moins pour l’orge et les autres céréales d’hiver –, leur adoption garantit une utilisation efficace des intrants et favorise la protection de l’environnement et des communautés où se trouve la production agricole ».
Attentes et perspectives. S’il se montre satisfait des démarches engagées, Marcos Giudici appelle de ses vœux une répartition équitable de la valeur générée par l’agriculture bas-carbone : « Elle profite à l’industrie et j’espère qu’elle sera partagée avec le premier maillon de la chaîne : le producteur », conclut-il.



